Denis Rousselle | Photographie





Une empreinte invisible (2018)

Posté par Denis ROUSSELLE , le 18 février, 2019

Il y a les pollutions visibles, celles dont on parle dans les journaux et que l’on peut observer soit-même. Et puis il y a celles qui sont invisibles, que l’on ne peut percevoir, sentir ou toucher. Soit parce qu’on les cache, soit par leur nature même. La radioactivité fait partie de celles-là.

Quelle part de la population se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, à peine moins d’une vingtaine d’années, on exploitait l’uranium en France métropolitaine à destination de nos centrales nucléaires ?

Ces mines d’uranium ont été exploitées dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, en 1947, et jusqu’en 2001, date de la fermeture de la dernière mine française. Des mines ouvertes essentiellement dans le centre de la France et en particulier dans le Limousin, au milieu de paysages sauvages et verdoyants. Une cinquantaine d’années pendant lesquelles des millions de tonnes de matériaux ont été déblayés pour en extraire au final quelques milliers de tonnes d’uranium.
Car pour extraire 1 kg du précieux élément radioactif, il faut brasser au minimum une tonne de minerai. Et pour atteindre ce minerai, il faut souvent brasser des milliers de tonnes de roches superficielles. Autant de matériaux inexploitables, car contenant trop peu d’uranium, et que l’on appelle stériles.

Ces matériaux sont bien souvent laissés sur place, remblayant le paysage, formant de nouvelles collines, créant ce qu’on appelle des verses à stériles.

Reste que ces matériaux sont radioactifs, même si dans une moindre mesure que le minerai d’uranium en lui-même. Une radioactivité supérieure à la radioactivité naturelle ambiante, et qui se retrouve éparpillés dans la nature par l’Homme. Car les stériles ont servis à remblayer des routes (les Bois Noirs Limouzat), des chemins ou encore des lotissements (Saint Pierre) … Les sites ont quant à eux été transformés en étang pour la pêche (le Puy de l’Age), en parc paysagé (Saint Pierre) …

 

 

La série photographique réalisée se place dans la continuité de mon travail sur l’empreinte de l’Homme sur le paysage. Au détail prés que cette empreinte est aujourd’hui en grande partie invisible.
Sur les sites minier exploités à partir des années 50 ou 60, et fermés pour la majorité dans les années 80 ou 90, c’est la nature qui a repris ses droits. On y observe aujourd’hui une nature luxuriante, des forêts denses, des lacs entourés de falaises. Mais la radioactivité, même si elle ne se voit pas, reste toujours présente, et pour quelques milliards d’années encore,
Les promeneurs de passage n’ont quant à eux probablement pas conscience de l’histoire de ces sites, de la pollution présente et des risques encourus, quand bien même ils restent limités.

Les données utilisées pour la réalisation de cette série sont issues de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) et de la base de données MIMAUSA de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire).
En tout, une quinzaine de sites miniers ont été visités pour réaliser cette série.

 

Denis ROUSSELLE, 2018

 

 

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